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Admin
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extraits : Pétales barrés de bitume

le Dim 19 Fév - 18:05
Six heures et demie du soir en été.
Les coups résonnent, bien qu’à demi étouffés,
sur la lourde porte d’embrun.
Les roses sont clouées.
Les roses ont été clouées.
Le mur en est parcheminé.
Recouvert de pétales,
cinglé de pétales acier.


La femme achète un bouquet de pivoines rose indien.
Les mains sont crispées sur le porte monnaie,
dans l’attente.
Le visage alerte, souriant.
Dehors, sur le pont, la femme se place bien droite.
Elle égrène de ses longs doigts les pivoines.
Muselant la fleur, elle lui arrache les pétales.
Les taches colorées dessinent des arabesques,
dans leur chute jusqu’à la surface de l’eau, verte, vaseuse.
Elle a de grands yeux Thisbée, de grands yeux bordés de faux cils.
Elle regarde autant qu’elle peut, autant que cela est en son pouvoir.
De ses grands yeux écarquillés, elle absorbe.
Cette image, ce vertige, l’eau sourde qui engloutit.
Les lèvres de la femme sont maintenant cramoisies.    
Elle ne sent pas le vent, le vent sur la dentelle de sa peau.  
Elle demeure longtemps sur le bitume.
Isolée, dans le refuge que constituent ses chimères dévorantes.
Temps de répit pour elle, avant de parcourir le chemin coutumier.
Route banalisée, route avec balises - la perdition ne peut avoir lieu.
La montagne énorme n’existe pas.
Autour d’elle, la vie s’agite. Elle lui semble faible, dérisoire.







Le ciel est gris.
Les paroles sont closes sur elles-mêmes.

Cloué à la dalle, l’être se voit abruti par les autres.
Flou et mou, il est devenu nigaud.
J’erre dans les mots, muette.
Rossignol sans voix,
rouge écarlate,
éclate.







Réécrire la scène.
Elle est le point lumineux, qui éblouit toute la scène. Elle est la seule vision. Elle est attraction.
La figure en face d’elle est blanche.
On ne voit qu’elle. Seuls ses traits à elle sont visibles. Et explosent.
Feu d’artifice chez la fleuriste.

Il me faut réécrire la scène.
La femme achète un bouquet de fleurs.
Elle pousse la porte, le carillon sonne.
Sur le seuil, elle salue gaiement la vieille femme, lourde, le front maussade d’ennui et d’amertume.
Elle commande enjouée les fleurs. Un cadeau, oui, pour sa grand-mère…
Le visage alerte, souriant, s‘offre à vous. Il vous désire.
Le joli visage vous accueille avec chaleur. Il est attentif à vous, à vos maux.
Il vous écoute, épanchez-vous, il est là pour ça.
La vieille fleuriste sourit, face au vif élan de la radieuse jeune femme, si belle, si naïve et innocente.
Un peu de lumière dans cette ville trop grise, soupire-t-elle.
Pourtant…
Personne ne voit, personne ne prend garde, au rictus des mains avides.
Personne ne peut s’apercevoir des tendons qui se crispent avec raideur sous la fine peau. Les mains sont tendues sur le porte monnaie, les yeux épient vite vite vite. L’élan du corps est déjà prêt à prendre possession de la marchandise et à déguerpir. Dans l’attente, il faut tout enregistrer, tout se répéter, n’oublier aucun détail. Passer encore une fois le scénario, en boucle, dans la tête.
Le visage vous sourit, la folle impatience dissimulée.
Vous avez été ébloui.







Elle se saoule, quand vient le soir. Le théâtre cesse. Le lourd rideau rouge tombe, la journée achevée, sur sa décrépitude, sur son amertume.
Elle se sent vide. Jamais rassasiée. Elle se sent floue, sans contour. Ses membres n’ont aucune consistance. Aucune chair pour venir la border. Jamais contenue, toujours à se sentir coulante, épiée, comme ce liquide transparent qu’elle absorbe.
Éponger la vie.

C’est une forêt.
Sur les arbres, du lichen. Il s’accroche, rampe.
Il absorbe l’arbre en lui. Se fait manteau et engloutit.
Le bois, la mousse. Le bois paré. Le bois dévoré.
Elle a besoin des autres, de leur joie, de leur rire. Elle s’en nourrit. Les sourires sont un combustible pour elle. Ils la réchauffent. Ils sont une faible consolation, puisque étrangers à elle. Ils ne sont pas elle, ils n’émanent pas de son corps, ils ne restent pas gravés en elle.

Je vomis ses savantes possessions - dépossessions de l’âme.
Elle indique l’autre, elle le perd, elle s’en repaît.
La peur imbibe ses entrailles.

Elle dissèque. Elle dissèque la mère. Elle se dissèque.
Son regard est froid, objectif, scientifique. Déshumanisé.
Elle se déshumanise. S’arrache sang et chair.
Elle ne veut plus ressentir. Sentir la douleur qui transperce, qui crie. La douleur ressurgie de l’enfance, mal enterrée.
Entailler, les mains gantées de caoutchouc, blanc, pour ne plus souffrir.
Subir ablation.

Les mots désarticulent. Les mots rendus aveugles.
Bêle, l’inavoué. Le tonitruant. L’opiniâtre.
Je suis cithare, là où le son meurt, où le lac ne peut résonner.
Je suis Cybèle, femme éplorée, suppliante.
Femme au bec recourbée, sans pitié.
Je suis amarrée. Je suis désavouée. Et me défile.
Beugle, muette. Les mots ne résonnent plus, ils sont morts. Noyés. Terrifiés.
Va, courant, là où le gravier entaille.
Je dors, peur dans l’âme.
Aveuglée. Éperdue.







Une maison close hantée par une fillette qui joue du piano.
Présence fantomatique, énigmatique.

Fillette habite demeure, comme fillette habite la femme endormie.  

On entend les échos d’une relation brisée avec un je.

La fillette est-elle vivante ? ou n’est-elle qu’un souvenir ?

A créer : la mélodie d’une ritournelle obsédante.

Dans la maison, il règne une ambiance qui inquiète, légèrement.

Messages : 2
Date d'inscription : 01/01/2017
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Re: extraits : Pétales barrés de bitume

le Mer 22 Fév - 15:34
Surprenant, je le vis comme des fragments d'ambiances qui éclatent la pensé...              Hélène
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